Fonctions et dysfonctions
La fonction labiale

Les lèvres ont un rôle essentiel : elles interviennent dès la naissance pour la tétée en assurant l'étanchéité buccale, et permettent par leur occlusion la mise en place d'une ventilation naso-nasale. Dans la déglutition adulte, les lèvres ne doivent pas se contracter - un mouvement des lèvres en déglutissant témoigne d'une déglutition infantile non résolue.
La fonction labialeLa qualité des lèvres et leur mode fonctionnel sont des éléments importants pour le développement harmonieux du système maxillo-alvéolo-dentaire. Lors de la première consultation, plusieurs éléments sont observés :
- Aspect : fin ou épais
- Position au repos : le bord libre des incisives supérieures dépasse normalement d'environ 2 mm celui de la lèvre supérieure - une interposition labiale entre les dents est une posture à corriger rapidement, sous peine de malpositions dentaires ou des mâchoires
- Tonicité : les lèvres doivent se joindre sans effort ni crispation
La fonction linguale
La langue, composée de 17 muscles, est un organe essentiel à la mastication, la déglutition et la parole. Elle joue un rôle majeur dans la morphogenèse des arcades dentaires par ses appuis au repos et en fonction : sans appui lingual, la croissance transversale du maxillaire est limitée, et le palais, insuffisamment stimulé, garde une petite dimension qui ne permet pas d'accueillir les dents définitives. Sa prise en charge est donc au centre de nos traitements d'orthopédie dento-faciale, quel que soit l'âge du patient.
Le bilan initial
Lors de la première visite, une évaluation complète de la fonction linguale et de la position de la langue est réalisée - au repos, durant l'élocution et lors de la déglutition. Cette évaluation permet d'identifier les dysfonctionnements spécifiques à chaque patient, à partir desquels un programme personnalisé d'exercices est établi (avec des fiches de jeux pour les enfants), en complément d'un autre traitement actif ou d'un appareil fonctionnel.
La fonction lingualeLa succion non nutritive (pouce, tétine)
La succion est un réflexe physiologique normal, présent dès la vie intra-utérine et indispensable à la croissance du tout-petit. Elle devient néfaste lorsqu'elle perdure trop longtemps - pouce, tétine, biberon ou doudou - et nuit alors à la bonne croissance des dents et de la mâchoire.
Chez l'enfant qui suce son pouce tardivement, la langue reste excessivement basse, au repos comme lors de la déglutition, et pousse les dents vers l'avant au lieu de monter au palais. Il en résulte un mauvais développement des deux mâchoires ; on observe parfois des dents supérieures avancées avec la lèvre inférieure qui s'intercale entre les arcades.
L'accompagnement proposé s'adapte à l'âge de l'enfant : fiches de jeux, ateliers ludiques, comptines, tableaux semainiers, accessoires et récompenses, avant d'entreprendre si besoin un travail par appareils myofonctionnels. Le psychisme joue un rôle important dans la succion digitale - il ne s'agit pas d'une simple habitude à réprimander.
La succion du pouceLa fonction masticatoire
Les dents sont à l'entrée du tube digestif. Au-delà de mastiquer, elles remplissent bien d'autres fonctions :
- Préhension : inciser (fonction primitive)
- Fouir
- Dilacérer : séparer les aliments
- Mastiquer : écraser les aliments
- Combattre ou impressionner
- Outil : tenir, mâchonner, couper
- Rassurer
- Séduire
- Déstresser (soupape émotionnelle)
- Identifier
Ces multiples fonctions sont au cœur des préoccupations de l'orthopédie dento-faciale.
Le potentiel d'agrandissement des mâchoires est important entre 3 et 6 ans, et conditionné par la fonction masticatoire. Dès 5 ans, la bouche grandit et de petits espaces s'installent nettement entre les incisives temporaires - bien exercé, un enfant de 5 ans pourrait déployer en puissance masticatoire l'équivalent de son propre poids corporel ! Mais nos repas actuels, pris rapidement avec des aliments mous, demandent très peu de puissance masticatoire, d'où un nombre croissant d'enfants avec des bouches trop petites.
Aliments texturés à privilégier
- Croquants : carotte crue en rondelles ou bâtonnets, pomme entière, certains fromages à croûte dure, pain (à privilégier sur les petits gâteaux)
- Viscoélastiques : fruits séchés, viande séchée
À 6 ans, l'arrivée des 4 premières molaires définitives clôture les relations masticatoires entre les deux arcades. Bien mastiquer prend du temps : la sensation de satiété n'arrive qu'après quelques minutes de mastication, ce qui demande aussi une bonne fonction ventilatoire - les respirateurs buccaux n'ont pas de puissance masticatoire. La langue joue également un rôle crucial dans ce processus.
La fonction ventilatoire
La ventilation doit être exclusivement naso-nasale et diaphragmatique, la nuit comme le jour, et possible sans effort ni crispation des lèvres. Le nourrisson a une ventilation uniquement naso-nasale : il ne sait pas respirer par la bouche et suffoque en cas de rhinite. Un enfant qui joint facilement les lèvres le jour peut malgré tout être un respirateur buccal nocturne.
Au cabinet, la fonction ventilatoire est prise en charge au plus tôt et testée grâce à notre aérophonoscope, qui permet de dépister la perméabilité des voies aériennes supérieures et la symétrie du flux narinaire.
La fonction ventilatoireVentilation et apnée du sommeil (SAOS) chez l'enfant
Chez un enfant, une bouche ouverte, des lèvres sèches, des narines encombrées et des cernes sont des signes cliniques qui doivent alerter parents et soignants sur la mauvaise réalisation de la fonction ventilatoire - avec une consultation chez le médecin traitant, le pédiatre ou l'ORL, mais aussi chez l'orthodontiste.
Une bonne respiration nasale réchauffe, humidifie et purifie l'air inspiré, et contribue au refroidissement du cerveau ; une respiration perturbée affecte la qualité du sommeil et le développement cérébral de l'enfant. Une respiration nasale inefficace entraîne une respiration buccale, avec une croissance verticale de la mâchoire inférieure et une mâchoire supérieure trop étroite, provoquant des troubles de positionnement des dents.
Si l'ablation des végétations et amygdales reste le traitement de choix en première intention, elle est souvent insuffisante seule. Une approche multidisciplinaire est alors recommandée, initiée par le médecin généraliste ou le pédiatre, associée au dentiste ou à l'orthodontiste - qui joue un rôle majeur de dépistage et de traitement, y compris après chirurgie aux côtés de l'ORL, du chirurgien maxillo-facial et du pneumo-pédiatre.
Le rôle de l'orthodontiste
- Éduquer les familles aux bons gestes (mouchage efficace, lavage du nez au sérum physiologique)
- Dépister lors des bilans de santé, notamment à 6 ans, et orienter vers un bilan ORL si besoin
- Corriger précocement les anomalies maxillo-faciales par des traitements précoces, complétés par une rééducation fonctionnelle
Une fois le traitement réalisé, le suivi est primordial : certains enfants conservent l'habitude de respirer par la bouche même après avoir le nez dégagé. Une véritable rééducation par des exercices, précédée d'un lavage nasal, aide à éviter la récidive.
Les dysfonctions de l'appareil manducateur (ATM)
Les pathologies de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM), aussi appelées DTM ou DAM, regroupent plusieurs pathologies affectant l'articulation entre l'os temporal et la mandibule : le système musculo-squelettique, le système neuro-musculaire, les muscles masticateurs et les tissus associés.
Signes cliniques principaux
- Douleur dans la région de l'articulation, majorée à la fonction (spasmes musculaires)
- Maux de tête associés parfois
- Douleur dans la région de l'oreille, au niveau des mâchoires
- Mouvement anormal, désordonné ou limité de la mâchoire inférieure à l'ouverture
- Impossibilité totale d'ouverture de la bouche, jusqu'à un blocage bouche ouverte
- Bruit articulaire dérangeant à la mastication (claquement, craquement, crépitement)
Les enfants souffrant de dysfonctions orales présentent un risque élevé de développer une DTM avec les années - d'où un examen attentif et minutieux de l'articulation temporo-mandibulaire (occlusion, palpation, cinétique mandibulaire) systématique au cabinet.
Quel traitement ?
Une prise en charge pluridisciplinaire peut être recommandée (approche cognitive comportementale, physiothérapie, automassage, sophrologie et gestion du stress, kinésithérapie). Un travail proprioceptif, des exercices de gymnothérapie ou des automassages (détente des muscles masséters) peuvent être proposés. Chez l'adulte principalement, une gouttière ou orthèse peut être envisagée en seconde intention - les gouttières d'antéposition ou de reconditionnement sont des traitements orthopédiques.